9.6.21

1DROP, il y a une vie après Microcity

La startup 1DROP est l’une des premières locataires de Microcity. Elle est la goutte qui révolutionne le diagnostic médical. Rencontre avec son fondateur Luc Gervais.

La startup 1DROP est l’une des premières locataires de Microcity. Elle est la goutte qui révolutionne le diagnostic médical. Rencontre avec son fondateur Luc Gervais.

« Time is tissue, le temps c’est du tissu humain», répètent les chirurgiens cardiovasculaires confrontés notamment aux infarctus du myocarde.

Une phrase qui résonne dans la tête de Luc Gervais comme la confirmation que son produit peut sauver des vies. Son boîtier permet d’établir un diagnostic pour les maladies cardiovasculaires, en temps réel, de n’importe où et avec une seule goutte de sang. C’est le cas également pour des analyses portant sur la fonction des organes et des maladies auto-immunes ou infectieuses, à l’image de la Covid, du VIH ou d’Ebola.

«On peut faire des centaines de diagnostics avec notre solution, le problème est qu’on ne peut pas travailler sur tout en même temps, explique l’ingénieur en biotechnologie. Nous nous concentrons sur les applications qui ont le plus grands potentiels en terme de marché, mais également d’impact sur la vie. C’est particulièrement le cas avec les maladies cardiovasculaires ou infectieuses. »

Un laboratoire miniature

Pour les maladies auto-immunes, le dispositif de 1DROP offre même la possibilité de se tester à la maison. De la taille d’une brique de lait, ce laboratoire miniature peut être transporté partout. Ainsi, certains patients souffrant de la maladie de Crohn ou d’arthrite rhumatoïde, pourraient évaluer à quel moment un pic inflammatoire douloureux va apparaître et agir en conséquence.

« Nous devons encore obtenir l’approbation FDA (Food and Drug Administration) et le marquage CE, mais notre solution est déjà disponible pour la recherche, dans des sociétés pharmaceutiques ainsi que des organisations comme la NASA», se réjouit le spécialiste des bio senseurs né à Montréal. Leur produit a d’ailleurs déjà été testé en apesanteur en 2020, à bord de la station spatiale internationale (ISS).

Dix ans de travail

Depuis dix ans maintenant, 1DROP concentre toute son énergie à valoriser une seule goutte de sang. Fondée en 2011 dans la cuisine de Luc Gervais, la société s’est installée en 2013 à Microcity, anciennement Neode, étant parmi les premières jeunes pousses sur place. Un an plus tard, le binôme Luc Gervais et Jörg Ziegler remportait le prix BCN de 300 000 francs. La medtech compte aujourd’hui 15 collaborateurs et vient de déménager dans le quartier de Monruz à Neuchâtel. Elle est en phase de recrutement. Ses fournisseurs sont des PME de la région, comme P. Bercher SA à Cernier qui fabrique le moulage des biopuces.

Un cocon neuchâtelois que le polyglotte - il parle cinq langues dont le mandarin - a complètement adopté. Arrivé à Zurich dans le centre de recherche d’IBM il y a 14 ans, Luc Gervais rejoint à Neuchâtel le professeur honoraire de l’EPFL, Nico De Rooij, pour sa thèse de doctorat. La destination est idéale pour ce Canadien passionné de montagne et de nature.

« C’est LA ressource »

« L’installation à Microcity nous a donné accès à des locaux pour développer véritablement 1DROP, se souvient-il. Il est cependant clair qu’on ne peut pas arriver dans un parc technologique et attendre que les choses se passent. C’est à nous d’aller chercher les investisseurs, les projets de recherche, les prix et les partenaires. Microcity nous a aidé, nous a donné de la visibilité, une réputation et des contacts. » Un ensemble de ficelles que l’entrepreneur doit ensuite savoir tirer.

Mais surtout, l’émulation et les échanges entre les startups elles-mêmes font la grande force de ce modèle. « A Microcity, nous étions voisin d’Aktiia, (réd : l’une des startups iconiques de Microcity, avec son bracelet de mesure de la pression sanguine). Aujourd’hui, si j’ai par exemple besoin d’un bon avocat rapidement, je leur téléphone ou alors au fondateur de Lunaphore (réd. scale-upde technologies médicales en lien avec le cancer). J’aurai une réponse efficace, franche et directe. C’est LA ressource», apprécie le CEO de 1DROP.

En outre, Luc Gervais souligne l’intérêt de plateformes comme Venturelab, Venture Kick, BioBusiness, IMD EMBA, Swiss Startup Group ou des voyages en délégations. « C’est comme un crash course, un condensé d’enseignements, estime-t-il. En une semaine, nous avons pitché 40 fois en Chine et pareil aux Etats-Unis. Ça vous apprend à vous présenter et à parler à des investisseurs. Les liens tissés avec les autres fondateurs pendant ces événements sont aussi précieux. » Une exercice qui fait sens pour autant qu’il ne prenne pas trop de temps.

Et maintenant ? La société aura dix ans, elle n’est pas encore profitable, mais les revenus sont là. «Surtout, nous réalisons chaque jour le potentiel gigantesque de 1DROP, car nous avons quotidiennement des demandes de personnes intéressées par notre dispositif », glisse celui quia toujours rêvé mettre en application ses recherches scientifiques.

Trois partages d’expérience (Good Tips)

Être naïf, puis patient. Naïf, le mot vient de Luc Gervais. Il faut sans doute l’être un peu pour se lancer. Il avait 29 ans à l’époque. « Je pensais que ça irait plus vite. Ça prend du temps de lancer une entreprise et il faut être résilient. L’accès au financement n’est pas facile en Suisse, même si cela s’est beaucoup amélioré en dix ans. Il reste cependant difficile de trouver une personne qui prend le risque d’investir plusieurs millions sur vous. Alors au début, on a besoin de cette naïveté. »

Par la suite, le fondateur apprend la patience. « Il faut énormément de travail et de paperasse pour obtenir 200 000 francs, avertit-il. Ça nous freine et ralentit la prise de risque. C’est encore plus long lorsqu’on n’est pas une spin-off avec une technologie déjà en partie développée. »

Accepter certains compromis. Etre entrepreneur, c’est avoir la tête dure, entend-on souvent. Il faut peut-être encore plus être agile. «Le compromis n’est pas une faiblesse, c’est une négociation dans laquelle les bénéfices vont aux deux parties, précise le CEO de 1DROP. Mon plus grand compromis a été celui que j’ai fait avec ma vie privée. Je n’ai pas le salaire des grandes sociétés, même s’il est aujourd’hui compétitif. Et pendant deux ans, je n’ai rien touché du tout. C’est pareil pour les vacances. Mais c’est acceptable sur une certaine durée et lorsqu’on voit les avancées. »

Un pied aux Etats-Unis. La startup neuchâteloise s’est rapidement implantée à Boston. Pourquoi ? « Les Américains sont très ambitieux. Nous avions beaucoup d’intérêt de leur part, mais rien ne se concrétisait. Dès que nous avons ouvert un bureau à Boston, ça a été le déclic et nous avons signé avec la NASA, Johnson & Johnson ou le National Institutes of Health. »

Tiphaine Bühler

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