HiLyte Neuchâtel

Portrait de la startup HiLyte

2/05/2019

David Lambelet - Ingénieur en microtechnique - Neuchâtel

Jonathan Fiorentini – Economiste et futur mathématicien - Neuchâtel

Briac Barthes - Ingénieur en mécanique - Originaire de Nice (France)

HiLyte, c’est une startup, mais avant tout une équipe jeune et dynamique, pour qui l’impact sociétal et environnemental joue un rôle prépondérant dans ses réflexions. Très attentifs aux besoins de leurs utilisateurs et aux débouchés pour leur batterie au fer, David, Jonathan et Briac disposent de nombreuses qualités pour révolutionner globalement l’accès à l’énergie. Rencontre avec une équipe aux compétences et personnalités complémentaires.

Comment le projet a-t-il démarré ?

David : le projet remonte à l’époque où je faisais mon projet de master au Berkeley Lab aux USA. Le projet avait été initié par Mike Tucker, mon superviseur, inventeur de la technologie. Après mon retour en Suisse, j’ai continué de collaborer à distance avec le Prof. Tucker. En participant au cours Business Concept d’Innosuisse, le projet est passé du domaine de la recherche à celui des start-ups.

Comment avez-vous fait connaissance ?

Jonathan : Nous nous sommes rencontrés dans le bâtiment de l’EPFL à Neuchâtel, dans le cadre des cours “Business Concept”, un programme de sensibilisation à l’entreprenariat qui réunit chaque semaine pendant trois mois une vingtaine de participant-e-s. Chaque participant-e avait la possibilité de présenter un projet devant la classe et le jury. Ce dernier effectuait une sélection, puis, des groupes devaient se former autour de ces projets. Le projet de batterie propre de David avait été retenu. Avec mon background business / finance, David a pensé que je pouvais être très complémentaire à ses compétences en ingénierie.

Comment le programme Business Concept a-t-il participé à l’accélération de votre idée ?

Jonathan : Nous avons gagné le prix business concept en juillet 2017 avec Monica Morales, aujourd’hui conseillère pour HiLyte. Nous nous sommes envolés pour Berlin pour y découvrir l’écosystème d’innovation (récompense du concours) - et avons pris le temps de réfléchir en profondeur sur le projet : avions-nous le temps, l’énergie, l’envie de l’emmener au-delà de l’approche académique. C’est là-bas que nous avons trouvé le nom du projet.

Quelle a été la suite ?

David : En Tanzanie, 2/3 des personnes n’ont pas accès au réseau électrique, soit environ 30 millions de personnes. En tant qu’ingénieurs et entrepreneurs suisses, nous avions conscience de notre déconnexion avec les besoins du terrain et la réalité des gens sans accès au réseau électrique. Nous cherchions donc à intégrer quelqu’un dans l’équipe qui connaissait bien un pays africain. Un peu par hasard, j’ai repris contact avec Briac sur Facebook qui était à ce moment-là en Tanzanie. Nous lui avons envoyé un prototype sur place – cela a pris un mois. Une fois le prototype livré, en quelques jours seulement, Briac a pu prendre la température auprès de la population locale et confirmer l’intérêt pour le produit. Comme Briac a habité plusieurs années sur place et qu’il parle swahili, il a pu court-circuiter la chaîne et directement aller dans les villages, toquer aux portes, récolter l'avis des habitant-e-s sur les améliorations possibles, sur l’argent qu’ils seraient prêts à investir pour le produit. Briac a été LA personne qui a permis à HiLyte d’avancer beaucoup et rapidement.    

Quels premiers résultats avez-vous donc validés ?

David : Nous avons pu déjà établir un prix : 12 dollars la batterie dont la durée de vie est de plusieurs années et jusqu’à 12 centimes de dollars par jour de consommable (solution ferreuse et feuille de fer). Cela représente une économie quotidienne de 40 % par ménage. Nous accordons également de l’importance à l’impact sociétal et environnemental de notre produit. À terme, la technologie des consommables et l’assemblage devront être réalisés sur place. Par contre, certaines parties du produit viendront d’Asie, car les industries compétentes n’existent pas en Tanzanie.

Pour votre premier lot de production, vous avez réalisé un crowdfunding. La démarche est-elle usuelle dans le monde entrepreneurial ?

Jonathan : Effectivement, cela n’est pas hyper fréquent. Son succès est certainement dû au fait que notre startup a un impact social. Pour nous, c’était le moyen d’aller vite et de récolter des fonds sans distribuer de capital-actions. Nous avons choisi la plate-forme wemakeit.ch car les gens qui nous suivent aujourd’hui sont pour la plupart basés en Suisse. De plus, la plate-forme a une forte connotation sociale, ce qui correspond à notre positionnement.
Les montants restent modestes mais intéressants pour financer une action précise. Grâce aux réseaux sociaux, nous avons pu facilement relayer l'information.    

Vous avez été nommé en 2019 dans le Top 50 de Bilan des startups et listés chez Forbes under 30, quelles sont les retombées de ces classements et comment expliquez-vous ces succès ?

Jonathan : L’impact social joue un rôle mais le potentiel économique de notre projet est également important, nous ne sommes pas une ONG. Nous tirons parti de la vague de l’impact investment et du social impact. Notre innovation propose une alternative crédible aux batteries existantes, basée sur du Fer qui est l’un des matériaux électroactifs le plus abondant et le meilleur marché sur la planète. Les performances sont plus basses que le lithium mais la batterie est bon marché et non toxique. Forbes nous a donné une jolie visibilité régionale, ce qui a aidé pour le crowfunding. Quelques personnes sont entrées en contact avec nous. De manière générale, je dirais que ces classements augmentent notre notoriété et notre crédibilité.

Votre innovation s’appliquerait-elle à d’autres domaines ?

David : Nous pourrions imaginer travailler sur des batteries ferrugineuses pour du stockage d’énergie à grande échelle, comme pour le réseau électrique : cela consisterait en de gros réservoirs avec des solutions de fer et des batteries à flux (flowbattery). Ce type de batterie reste plus compliqué pour la mobilité car la densité de stockage n’est pas assez forte.

Victoria Barras