31/10/2018

PORTRAIT D'ALEXIS BOEGLI

Collaborateur scientifique, Laboratoire d'actionneurs intégrés EPFL
Professeur à la HE-Arc ingénierie Neuchâtel

Né en 1966
Marié, 2 enfants bilingues
Habite à Gampelen

Parcours en bref

Alexis est né à Lausanne. Puis ses parents déménagent à Berne où il rejoint rapidement la grande communauté des romands de Berne. Il y acquiert de bonnes bases en Suisse allemand et tisse un fort lien avec la région et sa culture.

Il commence sa formation post-obligatoire par un apprentissage de dessinateur-constructeur, ce qui lui donne le goût d'apprendre. Suite à un stage dans le milieu industriel, il réalise qu’il n’est pas encore prêt à entrer définitivement dans le monde professionnel. Il poursuit donc avec une école d'ingénieur à Bienne en filière bilingue. Avide de nouvelles connaissances, il enchaîne avec un Master en électronique-physique à l’Université de Neuchâtel (UniNE). C’est dans cette dernière institution qu’il décroche un poste dans le laboratoire d'électronique et de traitement du signal, dirigé par Prof. Pellandini, fondateur de l'Institut de microtechnique de l'UniNE. Après quelques années, Prof. Pellandini l’encourage à consacrer une thèse à la conception de microsystèmes. Toujours curieux, il collabore avec des collègues de son laboratoire qui créent une start-up, IP01. Cela lui permet de toucher à de nouveaux domaines : les systèmes communiquant et la radiofréquence.

Entre temps, le Prof. Pellandini part à la retraite et c’est le Prof. Farine qui le remplace. Alexis obtient carte blanche pour développer ses activités. Il est responsable d’un groupe qui compte jusqu’à une dizaine de personnes et ensemble, ils travaillent sur les systèmes médicaux, les réseaux de capteurs et systèmes communicants (aujourd’hui appelés « IoT »).

Ces nouvelles connaissances sont rapidement sollicitées dans le cadre d’un autre projet. En effet, Christian Mars, CEO d’e-liberty contacte le Prof. Farine alors proche de la retraite. C’est donc Alexis qui monte un projet Innosuisse entre e-liberty, l’EPFL et la HE-Arc, dont le financement est accepté à la fin de l’été 2018.

Suite au départ du Prof. Farine, le laboratoire est fermé, selon les processus usuels de l’EPFL. Alexis saisit l’opportunité de se diversifier encore davantage avec deux postes dans des institutions complémentaires : l’EPFL antenne neuchâteloise et la HE-Arc ingénierie. Dans la première, il travaille à 50 % dans le laboratoire des actionneurs intégrés (LAI), dirigé par Yves Perriard. Dans la deuxième, il enseigne à 30 %, une nouveauté pour lui, et dédie les 20 autres % à des projets R&D. À cet égard, il est rattaché au groupe de compétences des systèmes embarqués dont Nuria Pazos est la responsable.

Soucieux de garder un équilibre entre travail, famille et sport, il participe régulièrement à des compétitions de natation. Interview avec un homme dont la polyvalence impressionne.

Sur quels aspects du muscle artificiel travaillez-vous ?

Le projet du muscle artificiel regroupe des aspects mécaniques et électroniques. Pour ma part, je travaille avec un doctorant sur la partie électronique, qui va permettre le pilotage du muscle artificiel que mes collègues développent. Globalement, nous devons trouver le moyen de transférer de l’énergie située à l’extérieure du corps vers l’intérieur de ce dernier. Le but est de soulager le cœur grâce à 5 Watt mécaniques.

Quels sont les grands défis de ce projet ?

J’en citerais trois :

  1. Pour soulager le muscle cardiaque et piloter les muscles artificiels, il faut de très hautes tensions, situées entre 5'000 et 10'000 Volts (V). En dessus d'une tension de 50V, un courant de 0.015 ampères suffit à provoquer des dégâts dans le corps humain. Il s'agit donc d’isoler totalement le circuit électrique pour éviter que les courants circulent ailleurs dans le corps. De plus, lorsqu'une telle puissance est manipulée, elle peut produire de la chaleur. Mais l'intérieur du corps humain ne tolère pas une augmentation de chaleur supérieure à 1 degré. Il nous faut donc trouver des solutions capables de conduire cette puissance sans produire trop de chaleur.
  2. Les muscles artificiels que nous développons utilisent la force électrostatique : une tension électrique appliquée à un condensateur crée un champ électrique entre ses électrodes. Ce champ engendre lui-même une force électrostatique subie par le diélectrique qui se trouve entre les électrodes. Dans le cas des muscles artificiels, le diélectrique est une matière déformable et c'est la déformation engendrée par la force qui est exploitée. Piloter ces muscles artificiels revient à injecter puis retirer des charges sur les électrodes. Notre objectif est de récupérer un maximum de charges afin d'augmenter l'efficacité du système et limiter l'augmentation de la température.
  3. Enfin pour transmettre sans contact l'énergie de l'extérieur du corps vers l'intérieur, nous prévoyons d'utiliser un couplage magnétique. Il est prévu d'utiliser ce couplage pour transmettre des données dans les deux sens. Le système disposé à l'intérieur du corps doit donc être capable de communiquer.

Nous avons maintenant 4 ans pour relever ces trois défis et prouver que le système fonctionne, grâce à un « proof of concept » installé sur un cochon.

Que pensez-vous de l’écosystème suisse et neuchâtelois d’innovation ?

Je pense que nous avons une chance extraordinaire, mais nous avons parfois de la peine à le réaliser. La HE-Arc est très proche de l’industrie, en particulier helvétique. Des institutions telles que l’EPFL apportent une multi culturalité et une ouverture sur le monde. Ils ont un esprit conquérant, et rien ne leur paraît impossible. L’excellent classement de l’EPFL permet d’attirer de nombreux talents étrangers.  
Pour ma part, je reçois de nombreuses candidatures d’Iran, de Chine ou d’Inde et elles sont excellentes. Par contre, les postulations suisses pour des PhD sont plus rares. Je pense que les atouts de la région et de la Suisse en générale sont peu valorisés ce qui fait penser aux jeunes suisses que c’est « normal » d’avoir une telle qualité et quantité de formation. Il est important de ne pas s’endormir sur nos lauriers, car pour côtoyer régulièrement les chercheurs internationaux, je peux vous assurer que la compétition est féroce. Et vu de l’étranger, l’excellence de la Suisse ne fait aucun doute.

Propos recueillis par Victoria Barras

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